Rechercher dans ce blog

Chargement...

vendredi 13 novembre 2009

* COLÈRE

LA COLÈRE

La colère et moi c'est une longue histoire d'amour - haine.  Déjà bébé, quelques onces de lait, je m'endormais pour ensuite me réveiller avec des cris d'impatiences peu de temps après.  Beaucoup de maladies dans ma petite enfance en "ite",  qui identifient la colère.  Autant je voyais rouge, autant j'étais verte de rage ou bleue de colère... Bref tout un arc-en-ciel d'émotions qui s'exprimaient sous forme colérique. 

Je n'avais pas encore tout à fait deux ans, lorsque mon petit frère naquit.  Ma grand-mère venue prêter main forte en tenant maison et famille le temps du séjour à l'hôpital, n'arriva pas à me faire manger le repas principal. Pendant cinq jours je ne mangeai que du dessert.  Ce fut une autre histoire, lorsque ma mère fut de retour, malgré une crise mémorable, fini ce temps des sucres car ma mère ne se laissa pas impressionner. Heureusement car je serais devenue une enfant épouvantable. 

Ce Noël 2009, mon jeune frère de quatre ans plus jeune que moi et dernier de la famille ramena à ma mémoire (j'aurais préféré oublier) la fois où , fâché contre lui (je devais certainement avoir de bonne raisons?) je lui tordis le bras dans le dos en m'assoyant sur lui.  Ce fut lorsque je me suis aperçu qu'il avait perdu conscience que j'ai pris "côté court, côté jardin".  Bref, enfance et adolescence ont été vécus sous des auspices plutôt éprouvants pour moi et pour les autres.

Devenue adulte, doucement je gérai ma colère de façon à devenir un "letmotiv", un moyen de me propulser de l'avant.  Par exemple, à l'âge de 27 ans, étant blasée d'être une spectatrice au match de hockey de mon mari et de mes frères, j'eu la brillante idée d'organiser une ligue de hockey féminine.  Avec mes doutes et mes craintes, gentiment je commence à en parler autour de moi lorsqu'un jeune homme de ma connaissance de s'exclamer : "le hockey c'est un sport d'hommes, les femmes ça jouent à la ringuette!
Mon sang rouge ne fit qu'un tour, motivation quand tu nous tiens... tu patines.  En un rien de temps je réunis deux équipes de hockey, c'est-à-dire 22 femmes dont la plupart n'avaient jamais joué. Mais qui, tout comme moi, rêvaient de sortir de leurs casseroles! 
J'ai joué au hockey pendant 17 ans, je remercie encore la colère de m'avoir fourni l'élan nécessaire.

Suite à  la lecture de l'article ci-bas, j'ai eu envie d'inscrire la colère comme un outil,  car bien canalisée, elle peut nous permettre de dépasser tous ces obstacles qui semblent insurmontables. 
Par la suite, d'autres lectures fort intéressantes. 
Bonne découverte.

[ESPACE INTÉRIEUR] par Pierre Castonguay

Pour vivre debout, réhabiliter la colère

Plusieurs personnes fuient la colère, d’autres sont toujours enragées. Dans les deux cas les relations sont gâchées. Ni le retrait, ni l’explosion ne contribuent à nous mettre debout devant l’autre. En regard du plein développement de la personne humaine, j’entreprends ici de réhabiliter la colère. En particulier dans ce qu’elle offre pour faire grandir la vie en nous.


A quoi sert la colère? Quelle place occupe-t-elle dans l’aventure psychospirituelle? Avant de répondre à ces questions il faut d’abord prendre le chemin sinueux et incarné de la colère.


La colère « est »



Le quotidien nous fournit des occasions multiples de ressentir de la colère.  La vie en société,
le travail, la famille et bien sûr la vie de couple nous les offrent sur un plateau. Et je ne parle pas de la conduite automobile, qui dans mon cas, est une source habituelle d’agressivité.


Qu’on le veuille ou non, la colère fait bien partie de notre vie. Elle est une émotion.
Elle se manifeste donc en premier lieu dans le corps. Elle m’avertit que je suis contrarié.
Cela arrive donc fréquemment et l’intensité peut varier du simple mécontentement à l’exaspération. Certaines colères durent parce que nous n’avons pas appris à les utiliser pour faire grandir la vie et la liberté en nous.


Réhabiliter la colère



La colère est un indicateur qui veille à l’équilibre de tout notre organisme, – en particulier à la satisfaction de nos besoins. Elle surgit lorsque l’harmonie est rompue.
La plupart de nous connaissons la révolte qui nous avertit d’une injustice flagrante.


La colère contient aussi une énergie puissante pouvant autant servir à détruire et se détruire, qu’à construire et s’édifier. Elle n’offre aucune garantie sur la manière dont nous allons l’utiliser. C’est ici qu’interviennent certains obstacles à la saine gestion de l’agressivité.
Ceux qui engendrent les dysfonctionnements de la colère.


En premier lieu il y a l’interdit de la colère. Ce sont toutes les injonctions extérieures qui provoquent la répression ou l’étouffement de la colère.


La peur est un autre barrage important. D’abord celle des débordements de la colère qui s’enracinent dans la crainte de la destruction et de l’anéantissement.
Mais aussi l’appréhension ressentie face à la différence bien affirmée de l’autre, et la panique à l’approche de toute confrontation.


Nommons aussi la violence. Celle qui est promue en modèle pour régler les angoisses relationnelles ou adoptée comme réaction à toute forme de frustration.
Elle survient lorsque l’on passe directement de l’émergence de la colère à l’action.


S’ajoutent enfin toutes les façons inconscientes et subtiles d’empoisonner les relations, parce que l’hostilité s’immisce dans notre manière de communiquer.


Un exemple



Rien de mieux que de retrouver un événement où on a ressenti de la colère. Je vous livre ici un exemple qui m’a demandé de faire tout le processus afin de gérer mon agressivité.
Vous pourrez y trouver des pistes constructives


Je m’entraîne régulièrement dans un centre d’exercice physique. La réservation des appareils est assurée par un tableau où l’on s'inscrit aux tranches horaires qui nous conviennent.
Lorsque j’attends qu’on me rende l’appareil et que la personne dépasse le temps prévu, je ressens de la colère. Si en plus elle me dit: « il me reste deux minutes », je bouille.


J'ai d’abord dû porter de l’attention à cette irruption en moi, afin d’accueillir ma colère et d’écouter son message. Ceci m’a permis de comprendre mon insatisfaction. J’ai pu identifier que je me sentais lésé en particulier par rapport au respect et à la justice. Pour devenir capable d’intervenir selon mes valeurs, j'ai dû faire le deuil de mes attentes d’être respecté et surtout qu’on me donne ma place. Ensuite, soutenu par l’énergie de ma colère, il me fallait traverser ma peur d’être rejeté, mis à part, et mal vu. Ayant atteint un peu plus de liberté intérieure j’ai pu ensuite me responsabiliser de mon besoin, c’est-à-dire l’utilisation de l’appareil.
J’ai pu alors choisir la manière de faire et décider quoi dire. Le champ était libre pour agir en demeurant dans un cadre ajusté et en gardant le contact avec l’autre personne.

Evénement où l’on a ressenti de la colère ...
Accueillir ma colère …


Quel est le message de cette colère? …
Quels sont les peurs que j’ai à traverser ? …


Pour responsabiliser mon besoin,
qu’est-ce que je choisis comme action,  comme parole ? …

Colère et aventure psycho-spirituelle.

Nos histoires de vie sont un mélange de joies et de grandes blessures du côté de l'amour et de la confiance. Les manques, avec les attentes qui y sont liées, résistent à la responsabilisation des besoins et maintiennent dans la peur. Nous avons donc besoin de la colère afin de devenir ce que nous sommes appelés à être au cœur du monde.


Comme elle est au service de la liberté, la colère permet donc de dire de vrais « non » pour un « oui» ferme à la Vie en nous. « Quand vous dites ‘oui’, que ce soit un ‘oui’, quand vous dites ‘non’, que ce soit un ‘non’» (Mt.5, 37). Elle contribue à nous maintenir dans la fidélité à l’amour, à nous enraciner en nous-mêmes et en Dieu. Sans elle, enfin, il n’y a pas de fécondité créatrice, pas de témoins, pas de parole libre qui réussit à exprimer la vérité goûtée à l’intérieur.


La colère est au service du sacré en nous.


Elle participe à la conquête de la vie intérieure autant qu’à la mise debout de notre personne. … la colère nous aide à établir nos frontières et à nous différencier.

DE LA REVUE NOTRE DAME DU CAP
[ JANVIER-FÉVRIER 2009 ] extrait des pages 26 et 27.

" (…) Tu vois mon amour comme doux parce que tu as peur de ta colère. Tu considères la colère comme quelque chose de négatif. Tu ne comprends pas son potentiel d’éveil.
Tu ne réalises pas que la colère devant l’injustice est l’une des plus hautes formes d’amour.


Lorsque tu cesses de projeter ta colère et ta peur sur le monde, tu peux proclamer la vérité sans heurter les autres. Tu ne t’opposes pas aux individus mais à ce qui n’est pas la vérité.
Même lorsque tu fais face au mensonge, tu ressens de la compassion pour ceux qui s’accrochent aux fausses croyances. Tu ne les critiques pas. Mais tu confrontes leurs idées erronées avec une fermeté et une clarté qui rejoignent les racines et qui démasquent la peur et l’insécurité sur lesquelles toute illusion est basée."

Extrait du ""Silence du cœur"" –
réflexions de l’esprit Christique tome 2,
de Paul Ferrini, p. 142

" La colère comme bouclier : si on considère la colère comme une forme de protection naturelle du corps, de ses limites, le fait de la refouler n’est pas nécessairement annonciateur de bonnes nouvelles. « La partie du cerveau qui traite les émotions, comme la colère par exemple, est directement et physiquement liée à notre système immunitaire par le système hormonal et le système nerveux. Si un des systèmes est perturbé, l’effet se produit partout en même temps car il s’agit d’un seul et unique système, lequel sert à assurer la survie de l'individu. »


Le rôle de la colère pour protéger les frontières personnelles de l’être humain est identique au rôle du système immunitaire, qui a pour fonction d’attaquer tout ce qui est hostile, externe et étranger. Il reconnaît aussi les éléments qui ne sont ni hostiles ni étrangers et les laisse entrer.


« Par conséquent, quand on refoule sa colère, renchérit le Dr Maté, puisqu’il existe un lien étroit entre toutes les composantes du corps, on perd la définition de ses propres frontières et défenses naturelles. On bousille alors le système immunitaire, qui ne peut plus reconnaître les éléments hostiles et étrangers comme différents, car il a perdu sa capacité de discrimination. »


Le Dr David Servan-Schreiber, dans son livre ""Guérir"", explique qu’en plus de gouverner le système immunitaire, le cerveau émotionnel aide à maintenir l’équilibre physiologique à savoir la respiration, le rythme cardiaque, la tension artérielle, l’appétit, le sommeil, la libido, la sécrétion d’hormones.


« Nos émotions ne sont que l’expérience consciente d’un large ensemble de réactions physiologiques qui surveillent et ajustent continuellement l’activité des systèmes biologiques du corps aux impératifs de l’environnement intérieur et extérieur », résume-t-il.


«Les personnes qui refoulent leur colère la retournent contre elles en devenant très autocritiques, perfectionnistes ou en ayant une faible estime d’elles-mêmes. On a remarqué que lorsque le système immunitaire se tourne contre le corps – et c’est ce qui se produit avec les maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques, l’arthrite, la maladie de Crohn, la colite ulcéreuse, la maladie de Lou Gehrig, dans lesquelles le corps produit des anticorps et des produits chimiques qui attaquent le corps lui-même – , le profil psychologique de ces patients comporte une répression de la colère», fait remarquer le Dr Maté."

Extrait du journal La Presse du 14 mars 2004
dans le cahier ACTUEL SANTÉ
de Céline Poissant