LA PAROLE JUSTE
« Une parole qui commence à me déranger
est une parole que je commence à entendre. »
Lise Bourbeau
Il y a très longtemps que j’entends ces paroles : tu parles beaucoup trop, tu es une vraie « verbomoteurs » et j’en passe. À chaque fois que j’ai entendu des paroles semblables, c’est comme une lame qui me transperçait le cœur. Cela m’aura pris 47 ans avant d’être capable de trouver la parole juste pendant quelques instants, c’est-à-dire savoir que c’était possible malgré tous les obstacles et difficultés depuis ma plus tendre naissance, de trouver l’équilibre dans le verbe.
Dès mes premiers mois de vie, je réclamais la sécurité à grands cris, quelques gouttes de lait et je m’endormais pour aussitôt réclamer mon dû qui a eu pour effet en ces mois d’hivers, de temps des fêtes d’épuiser ma mère qui a du être hospitalisé pendant quelques semaines. Ensuite, dès que j’ai appris à parler le bégaiement a fait partie de mon quotidien durant toute mon enfance, pour s’atténuer par la suite et devenir durant ma vie de femme parsemée d’hésitations plus ou moins fréquent selon mon degré de fatigue et d’anxiété. Pendant que le silence de la nuit s’installait (enfin devait se dire ma mère !), le bruxisme (grincer des dents durant le sommeil) prenait place. Encore aujourd’hui avec beaucoup moins d’intensité et en plus rares occasions il œuvre. Ce dernier est associé à de la colère refoulée qui prend son origine dans tout ce j’avais à dire que je n’ai pu dire. Il est important de comprendre qu’il n’y personne à blâmer dans ces conflits, étant la cinquième d’une famille de sept enfants il est tout à fait plausible que j’aie ressenti "ne pas pouvoir m’exprimer comme j’aurais voulu". Nos vies d’enfants ont pour la plupart d’entre nous été teintées de la peur que: si on n’était pas gentille petite fille ou gentil garçon, nous ne serions plus aimés de nos parents. De là, qu’un pas à faire: " de se taire pour ne pas déplaire" à nos parents ou bien parler en excès pour montrer notre existence.
« Parler beaucoup de soi est un moyen de se dissimuler. »
Friedrich Nietzche
Suite à mon stage dans un centre de femme, lors de ma formation en sexologie, j’ai su que l’enseignement serait ma voie. Donc au fil des ateliers que je donnais vers le mieux-être des femmes et de moi-même, il m’est apparu incontournable de rechercher cette parole impeccable. Une avenue très intéressante dans ce livre de Don Miguel Ruiz,"" Les quatre accords toltèques"" : « (…) il existe quatre accords toltèques très puissants qui nous aident à rompre les autres accords issus de la peur qui nous vident de notre énergie. (…) Le premier de ces accords :"" que votre parole soit impeccable.""(…) La parole n’est pas seulement un son ou un symbole écrit. C’est une force, elle représente notre capacité à nous exprimer et à communiquer ; à penser et donc à créer les événements de notre vie… Parole : (logos) verbe ou parole Impeccable : du latin pecatus ou pecstus qui veut dire " péché "et im signifie "sans"
Être impeccable : ne rien faire contre soi-même, car un péché est quelque chose que vous commettez contre vous-même. Être impeccable signifie assumer la responsabilité de vos actions ; mais vous ne vous jugez pas et ne vous critiquez pas (page 41).
(…) Avoir une parole impeccable, c’est faire bon usage de votre énergie ; cela signifie que vous l’utilisiez dans le sens de la vérité et de l’amour de vous-même. L’impeccabilité de la parole peut vous conduire à la liberté personnelle, d’un succès immense et à l’abondance, elle peut supprimer toute peur et la transformer en joie et amour (page 50). »
Lors d’une conversation, à ma grande surprise je me suis entendu prononcer ces mots : « je sens que je dois propager la bonne nouvelle » ; sitôt ces mots jaillissant de ma bouche, je me suis sentie prétentieuse et en même temps je me sentais vraiment investie de cette mission : à chaque fois que je prononce le mot amour dans mes ateliers, j’énonce une vérité universelle. Le plus grand mal du siècle : le manque d’amour, d’abord envers soi et inévitablement cela entraîne une incapacité à aimer l’autre. Comment serait-ce possible d’aimer l’autre quand, en nous, c’est le néant. Comme le message de Jésus si simple "aimez-vous les uns les autres" qui m’amène à croire que la parole peut être un médium de propagation parfait pour annoncer ce message d’amour.
Cette possibilité m’a été confirmée lorsque j’ai mis les yeux sur ce petit livre fascinant présenté par Marc Saint-Hilaire, qui s’intitule ""Le manuscrit de Galba"" Ce jeune romain, Galba, a rédigé un manuscrit sur sa rencontre avec Jésus, alors qu’il avait une douzaine d’années. Ce document a été préservé dans un cylindre de plomb à travers les siècles. En voici un extrait : « J’entendis une voix dont le timbre me fit arrêter sur place. Aimante et majestueuse, elle était forte de cette force qui pénètre et rend toutes les syllabes claires. J’étais habituée au parler rauque de Galilée, et pour moi, c’était là une étrange et nouvelle merveille de percevoir qu’il puisse exister tant de douceur dans la parole humaine. »
Étant donné l’importance que j’accorde a pratiquer la parole impeccable ; tant dans ma vie professionnelle, personnelle et spirituelle et la difficulté à y arriver, une solution m’est venue. Durant un stage de tantrisme où s’opéraient de grandes transformations en moi, le sujet est encore revenu à l’ordre du jour. Pour en finir avec cette souffrance durant toute une journée, j’ai été attentive à chaque parole prononcée par les autres tout en gardant un silence impeccable (je ne répondais qu’aux questions directes) je notais toutes les paroles qui voulaient sortir de ma bouche que je taisais délibérément. Vous vous doutez que toutes ces paroles étaient pour la plupart vides d’utilité, pour moi et pour les autres. Cette expérience a été très concluante lorsqu’à la fin du stage, j’ai pu écouter avec le cœur et les oreilles une douzaine de personnes sans avoir envie d’intervenir et lorsque j’ai partagé à mon tour, ce fut avec une parole impeccable et tous étaient " tout ouïe" et surprise, moi de même je dois le dire, de cet état de fait. Pour la première fois de ma vie je m’étais exprimée avec la parole juste. Toutefois, je reste vigilante, car je connais bien chez moi le processus qui remet en route cette « baratte à beurre » : un malaise, je ne suis pas centrée dans mon cœur, je ne suis pas dans ma vérité, je ressens un vide, lors d’une discussion, lorsque des personnes et moi comprises émettons des jugements sur les gens et les situations… bref la vigilance est de mise à chaque instant afin de croître dans la parole impeccable imprégnée d’amour à diffuser avec générosité.
La rigueur est fondamentale tant dans le flot que dans la justesse des mots. Par exemple, une amie en France, nous a proposé de remplacer le dicton suivant : ""à chaque jour suffit sa peine"" signifiant qu’il faut supporter nos maux actuels sans penser à ceux qui nous attendent à l’avenir cela sous-entend que chaque jour il y a des souffrances et qu’il y en aura à tous les jours en bonus ! Par ""à chaque jour suffit sa joie ""! Comme la parole crée la réalité, je préfère choisir les joies que les peines, nous avons ce pouvoir de transformer notre vie.
Un autre exemple où je n’ai pu m’empêcher de m’exclamer lorsque j'ai entendu prononcé la phrase suivante : "toutes bonnes choses ont une fin". Ces mots provoquaient inconsciemment la fin des bonnes choses, j’ai donc suggéré de remplacer par "" toutes bonnes choses à une continuité,"" et vous, quelle serait votre proposition ? Combien de mots disons-nous au quotidien qui bloquent l’élan de vie ?
Je reviens aux autres accords Toltèques qui découlent du premier et sont fort intéressants pour toujours avancer notre chemin dans la liberté et l’amour que procure cette parole impeccable. Ne réagissez à rien de façon personnelle : « Vous faites une affaire personnelle de ce qui vous est dit parce que vous y donnez votre accord. Dès lors, le poison s’infiltre en vous et vous êtes piégés. » Cette tendance que nous avons à tout ramener à soi, comme si nous étions le centre de l’univers de l’autre. Notre attitude est souvent teintée d’égoïsme, car, qui sommes nous pour penser que les paroles dites par l’autre nous concerne ? « Vous n’êtes aucunement responsable de ce que les autres font. Leurs actions dépendent d’eux-mêmes. »
Nous avons fréquemment beaucoup d’imaginations pour créer des scénarios plus ou plus abracadabrants, de là le troisième accord : "ne faites aucune supposition". À notre insu, ces suppositions deviennent certitudes et nous recevons l’autre avec ces pensées faussées de la réalité. Tout ceci génère des émotions de colère, de tristesse, de peurs de part et d'autre. Que d’énergie perdue et le message qui n’est toujours pas transmis ! Selon Don Miguel Ruiz « mieux vaut poser des questions que de faire des suppositions, parce que celle-ci nous programme à souffrir (page 67).»
Une grande vérité, valable pour toutes les expériences de notre vie, en ce dernier accord Toltèques : faites toujours de votre mieux. C’est une attitude qui évitera culpabilité, regret et honte, car faire de votre mieux c’est agir avec le cœur, vos capacités, vos choix sans aucune attente. « Si vous faites toujours de votre mieux, vous deviendrez un maître de la transformation. C’est la pratique qui fait le maître (page 82). »
« Il ne faut pas attendre d’être parfait
pour commencer quelque chose de bien. »
Abbé Pierre
Un autre moyen efficace dans ma vie quotidienne : demander à mon partenaire de vie de m’indiquer lorsque mes gardes sont baissées et que le flot et la justesse de mes paroles s’écoulent sans discernement ou prennent la forme de jugements ou/et de critiques. Il m’est même déjà arrivé lors d’un atelier que j’animais de demander aux participantes de me dire lorsque mes paroles excédaient la nécessité des propos. Par la conscience et la vigilance il est possible d'exprimer la parole impeccable, en trouvant l’équilibre entre la parole juste, le silence et l’écoute de l’autre et avant tout de soi-même.
« Celui qui cherche à franchir
le portait de l’initiation n’y parviendra pas
avant d’avoir appris le pouvoir de la parole
et le pouvoir du silence. »
Alice Bailey
Pour clore ce sujet voici Dan Millman et la ...
LA RÉSONANCE DU COEUR
« Si nous plaçons deux guitares l'une à côté de l’autre et pinçons la corde du mi de l’une d’elles, la corde du mi de l’autre guitare va se mettre à vibrer elle aussi; ce phénomène acoustique s’appelle la résonance sympathique ou harmonique. Il se produit également avec la voix humaine : si nous parlons à partir de notre intellect, l’intellect de notre interlocuteur vibre; si nous parlons à partir de notre cœur, c’est son cœur qui vibre. »